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L'Église paroissiale Saint Christophe


La petite église paroissiale de Bénerville sur Mer (25m de long par 9m de large)
est dédiée à la Vierge Marie, pourtant elle porte le nom de St Christophe.

Selon une légende assez confuse, qu'aucune recherche sur le terrain ne vient confirmer ou infirmer,
il semblerait qu'à une époque lointaine, ce qui n’était encore qu’une chapelle consacrée à St Christophe coexistait avec une église paroissiale qui aurait été édifiée à l’extrémité des marais, entre l’estuaire de la Touques et la pointe de Bénerville, et aurait été engloutie par la mer(1).
Le nom de Notre Dame se serait alors reporté sur la chapelle qui aurait été remaniée et agrandie pour devenir l’église paroissiale . La trace du mur de l'état primitif est encore visible sur le mur ouest.


Sur l’angle sud-ouest semble s’amorcer un rampant de toiture de très faible hauteur qui pourrait correspondre au premier état de l'édifice.


La date de la disparition de l’église Notre Dame est inconnue,
mais on peut l’estimer avant la fin du XVIème.
En effet l’édifice n'apparaît pas sur les cartes de cette époque
où seul figure la mention St Christophe.


Détail d'une carte réalisée au XVIIème par Justus Dankers,
en "zoomant" on peut lire "St Christophe" entre la pointe de Dives et Touques. A consulter également "remontez le temps"


Il semblerait aussi que l’emplacement remarquable de l’église St Christophe ait connu une occupation plus ancienne. En 1873, des ouvriers travaillant à la construction de la route du littoral ont mis à jour des sarcophages ainsi que des armes et de menus objets qu'ils ont malheureusement vendus à des "touristes". Des descriptions en ont toutefois été faites dans les revues de la Société des Antiquaires de Normandie et l‘hypothèse de la Société française d’Archéologie classique était que l'église a été bâtie sur un cimetière franc (2).


Extrait du Journal Officiel de la République Française du 20 août 1873
annonçant la découverte (3)


« La Statistique monumentale du Calvados » (4) parue en 1859, mentionne l’église de Bénerville-sur-Mer et propose de dater l’édifice du XIe siècle, « qui pourrait même remonter, en partie, au commencement de ce siècle ». Arcisse de Caumont, qui était alors directeur des provinces et de la Société française d’archéologie pour la conservation des monuments, justifie cette date par la présence d’un appareil en opus spicatum en différents points. Le nombre important de petits édifices voisins d’époque romane qui subsistent, Saint Thomas de Touques (XIIème siècle), Saint Laurent de Deauville (XIIème siècle), la chapelle priorale de Saint-Arnoult (XIème siècle), rend plausible cette proposition.


Appareillage en opus spicatum sur la façade sud. Les pierres plates ont été posées inclinées sur la tranche et disposées alternativement en épi (spica : épi en latin).


L’édifice est constitué d’un vaisseau unique, terminé par une abside polygonale.
Un petit clocher en charpente à fût carré portant une courte flèche octogonale sur une base pyramidale est posé sur la toiture de la nef. Comme tous les édifices religieux occidentaux depuis le Haut Moyen-Âge, l'église St Christophe est orientée ; orienté étant à prendre au sens littéral, à savoir que l'abside, abritant le chœur est à l'Est, en direction du soleil levant, qui symbolise la résurrection du Christ.

La volonté des bâtisseurs de respecter une orientation exacte Est/Ouest les a conduits à construire sur un terrain à forte pente, perpendiculairement à la déclivité. Rapidement le besoin de renforcer les murs va se faire sentir, le mur Nord constitué de quatre contreforts (1,2,3,4) sera complété par un massif à l'angle Nord-Ouest (5), et, sur le mur Ouest, par un contrefort à deux replats (6). Côté Est, la fenêtre de l’abside sera condamnée par un contrefort axial (7) qui s'ajoute aux trois contreforts déjà existants (8,9,10).



Le contrefort axial à deux ressauts de la façade ouest.


Sur la façade Sud, percée de 4 fenêtres pour lesquelles de curieux éléments d’encadrement ont été réemployés, ont été greffés, à une époque indéterminée, une sacristie et un porche couvert, et dans le mur Nord, jusque là aveugle, pour résister au vent de la mer et au froid, deux fenêtres ont été percées dont les encadrements ont été réalisés en enduit de ciment. Apparemment c'est tout le mur Nord qui a été intégralement reconstruit après le passage d’Arcisse de Caumont.


Les 4 fenêtres de la façade sud



Le porche couvert est un élément très important dans la vie de la commune. En effet, il pouvait abriter des activités fort diverses relevant de la vie paroissiale, mais aussi de la société laïque (6). On y affichait notamment les publications de mariage, et à l’issue de l’office, il servait au notaire de lieu pour annoncer les ventes, les achats,…


L'intérieur de l'église à également subi de nombreuses transformations. Tous les parements ont été repris au ciment et recouverts de peinture blanche. Un plafond curviligne en planches de sapin verni surplombe la nef et si le chœur semble avoir conservé sa charpente du XVe siècle, celle-ci a été recouverte d’une voûte en sapin verni (5).


Le 14 décembre 1713, Pierre Simon, le prêtre de la paroisse a été inhumé dans le choeur de l'église comme le rapporte cet extrait du registre paroissial conservé aux Archives départementales de Caen.


L’élément le plus remarquable est l’arc triomphal entre la nef et le chœur et surtout ses deux colonnettes : à droite, seule la colonne subsiste, sculptée de rubans losangés et de croix ; à gauche, la colonne a conservé son chapiteau représentant un visage très expressif. Une seconde tête apparaît sur l’angle tourné vers la muraille, nous incitant à penser que les deux colonnettes ont été récupérées ailleurs et réemployées.

Tout le mobilier a été photographié et répertorié. Citons notamment :

Une statue monumentale de St Christophe, classée au titre d'Objet des Monuments Historiques par décret du 3 janvier 1930 (7), permet de rappeler la légende du géant qui transporta sur ses épaules le Christ enfant pour lui faire traverser un fleuve, faisant de lui le saint patron des voyageurs, honoré chaque année en juillet depuis 1850 par la commune de Bénerville qui organise messe en plein air et bénédiction de voitures, bal populaire et feu d’artifice. Une autre statue, représente la Vierge debout, le visage extatique. Elle proviendrait de l’église primitive et aurait été trouvé sur la plage, où elle aurait été apportée par la mer …


Catherine Hueber-Fonné
mai 2013

Sources :

(1) Annuaire des 5 départements de la Normandie publié par l’Association Normande. 52ème année ; 1887. p 106-107. Louis de Neuville, « Mouvement de la Mer et ses effets sur les côtes du Calvados ». Disponible sur : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5452703m/f222

(2) Bulletin de la Commission des Antiquités de la Seine Inférieure. Tome III. 1873. p 76-77. Ch Roessler « le cimetière franc de Bénerville ». Disponible sur : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5774817w/f95

(3) Journal Officiel de la République Française. 20 août 1873. p 5480 « découverte de sarcophages francs ». Disponible sur : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k62086252/f8

(4) Arcisse de CAUMONT. La Statistique monumentale du Calvados. 1846-1867. Tome IV. p244, p245.

(5) Yves LESCROART. Calvados. Bénerville - Eglise Saint-Christophe. Orientations en vue de l’élaboration d’un projet de restauration. 4 avril 2012.

(6) Pierre CHAUVOT (Auteur), Eric L'HOTELLIER (Photographie). Porches d'églises du pays d'Auge. Juin 2012. Catalogue d'exposition. Le Pays d’Auge.

(7) La Revue de l’art ancien et moderne. 1930. Tome LVII, n° 312. p 191. Monuments Historiques : Classement de la statue de St Christophe. Disponible sur : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k432562f/f508

Dessins : R. Verbauwhede.
Photographies : Dominique Fonné.

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Mise en ligne : 7 novembre 2012

Dernière mise à jour
le 11 septembre 2018